jeudi 1 décembre 2016

Peuple la marre, remplir le puits

Salut!

Il y a plusieurs années, j’avais lu un livre sur la créativité qui s’intitule Libérez votre créativité de Julia Cameron*. Ce livre m’avait fait beaucoup réfléchir sur un paquet de sujets et je peux dire que c’est le genre de livre que je relirais sûrement un jour. Parmi les (nombreuses) choses que j’ai retenu de cette lecture, il y a cette idée : peupler la marre et remplir le puits. Ok, ça peut paraître bizarre comme ça, mais je vais m’expliquer.

L’auteure y explique que les artistes sont souvent emmener à faire sortir beaucoup d’idées d’eux. En parlant de faire sortir des idées, je veux parler de créer. Que ce soit écrire, composer, peindre, chanter, etc, c’est le même processus au départ : on part de nos idées pour aller vers la création. Sauf que, et bien, à peu près tous les artistes connaissent des passages à vide. Les auteurs ont un joli nom pour cela : le syndrome de la page blanche. Ce sont des moments, franchement pas agréable où un artiste n’arrive plus à créer. L’auteure expliquait que dans ces moments-là, l’artiste est comme vide d’idées. Si l’on compare un artiste à une marre, un artiste en pleine phase de créativité sera comme une marre pleine de vie, remplie de grenouille, de têtard et autres formes de vies aquatiques. On peut aussi que l’artiste sera comme un puits. Un puits où l’on a qu’à descendre un seau pour avoir une bonne eau fraîche et vivifiante.

Comme remplir la marre quand elle est vide? Ou le puits à sec? Julia Cameron avait une recette simple : se trouver des activités à faire qui nous remette en contact avec ce qui fait que l’on aime de notre art. Un musicien pourra se mettre à faire de la musique librement avec des artistes dans le métro, un auteur se plonger dans des romans d’auteurs qu’il ne connaît pas, un peintre retourner voir les œuvres des grands maîtres. Peu importe c’est quoi au fond, il faut retrouver le plaisir de son art que l’artiste doit retrouver. Chacun sa méthode et il n’y en a pas de mauvaises, tout simplement parce que c’est hautement personnel.

Ok, longue préparation pour dire ce que je voulais dire : mon puits est à sec depuis un moment déjà. Et je me suis rendue compte pourquoi. Pendant longtemps, en fait, pendant la période la plus intense de ma vie de blogueuse, j’étais entourée de livres et de gens parlant de livres à longueur de journée. J’étais libraire, que voulez-vous! Je lisais des quatrièmes de couverture, je parlais de livres avec les clients, avec mes collègues, je me tenais au courant de toutes les nouveautés, bref, j’étais dedans. Ce qui, sans que je m’en rende compte, était ma façon de remplir mon puits. Ensuite, rentrée à la maison, je n’avais qu’à descendre mon seau et en remonter des idées à foison. Sauf que depuis que je ne suis plus libraire, je n’ai plus cette ressource.  Non en fait, pas que des idées: un souffle qui me permettait  de créer.  Un souffle que j'ai en grande partie perdu avec le temps.

Pour mon plus grand malheur, je n’ai pas beaucoup de chances de jaser de livres avec des passionnés régulièrement, il y en a peu dans mon cercle rapproché. Et je n’ai plus ces petites conversations, au final banales, qui me nourrissait énormément. Ce ne sont pas de grandes choses qui me permettent de remplir mon puits, ce sont les petites remarques, les commentaires des fois totalement nowere, la petite étincelle dans les yeux des gens quand ils parlent de livres qui me nourrissait. Je n’ai plus cette ressource maintenant et si j’ai réussi à continuer à blogguer pendant longtemps malgré tout, c’est que j’avais de la réserve… Que j’ai épuisé. Oh, j’ai continué à prendre des notes, ma pile de ti-morceaux de papier est toujours à côté de mon écran d’ordinateur et bon, sur elle s’accumule maintenant la poussière (dont une bonne partie est constituée de poils de chats!:P ). Donc les idées de billets sont là, mais le souffle derrière, alimenté par mon puits, n’était plus là.

C’est devenu particulièrement clair au dernier Salon du livre. Juste de discuter comme ça tranquillement, avec tout le monde que je connais, auteurs, éditeurs, simples lecteurs comme moi, m’a fait un bien énorme. Juste de ressentir le petit frémissement en montant les marches de la Place Bonaventure, m’a fait du bien. J’ai un peu rempli mon puits à cette occasion-là. J’ai surtout alors compris ce qui me permet de le remplir : les contacts humains avec d’autres lecteurs. Les écrans interposés sont bien, mais ils ne permettent pas autant l’échange qu’une bonne vieille discussion en personne. J’ai trouvé comment remplir mon puits! Autre bon effet, j’ai ouvert un livre en rentrant à la maison! Parce que ce qui rempli mon puits pour le blogue rempli aussi, en partie, mon puits pour l’envie de lire.

Je sais maintenant comment remplir mon puits, reste maintenant à le faire;)

@+ Mariane


*En passant, amis auteurs, je vous recommande fortement cette lecture.

dimanche 11 septembre 2016

Paul dans le Nord de Michel Rabagliati

 Paul dans le Nord  Michel Rabagliati  La Pastèque  169 pages



Résumé:
1976.  Paul a seize ans et est au sommet de l'âge ingrat adolescent, avec ses hormones, ses conflits avec ses parents et son ouverture aux nouvelles amitiés.  En plus du chalet dans les Laurentides qu'il aime plus ou moins.  Et son premier amour qui traîne pas loin.

Mon avis:
Encore une fois, Michel Rabagliati touche juste en racontant une partie de la vie de Paul que l'on avait pas encore vu, celle de la traversée de l'adolescence.  Le Paul qu'on y retrouve est boutonneux, peu sûr de lui, hésitant, fasciné par les seins des filles qui l'entourent et facilement influençable par ses amis.  C'est aussi la grande période qui marque le passage de l'enfance à l'âge adulte, le cégep, la fin du secondaire, la découverte de la liberté (son scooter!).  Disons-le, on y découvre dans ce Paul l'ado bougonneur et renfermé sur lui-même des préjugés, mais en même temps, on marche dans ses souliers, alors on le comprend.  Ses relations avec ses parents seront difficiles tout au long de l'album.  Son père qui insiste pour qu'il lui donne un coup de main dans les petits travaux de la maison, alors que lui-même fait tout pour pour ne pas le faire.  Sa mère qui vieillit et qui commence à s'en faire avec ses rides, qui essaie de le comprendre malgré tout, mais qui la trouve dure cette passe.  Sa grande soeur qui s'émancipe et avec qui il goûte enfin des relations frère-soeur intéressantes.  Cet album, c'est comme toujours une incursion dans le passé, les années 70, en particulier l'impact sur les gens des Olympiques de 1976 et la passion qu'ils ont suscités sur tous les jeunes québécois de l'époque.  À les entendre devenir des experts en athlétisme, en kayak et autres sports, on comprend que les jeunes étaient passionnés de LEURS jeux.  D'autres détails surgissent, l'habillement, la musique et (je l'ai trouvé drôle!) les jeunes qui vont acheter de la bière au dépanneur et qui ne se font même pas carter.  Même que le propriétaire leur offre la bière en spécial pour qu'ils en aient 24 au lieu de 12!  La boîte de Laurentienne était d'ailleurs typique de l'époque.  Il va donc boire un coup autour du feu de camp avec ses amis et découvrir les joies du pot...  Hum!  D'ailleurs, les amis prennent beaucoup de place dans cet album.  Ils ont au coeur de la vie de Paul, en bien et en mal.  Son ami qui l'attire dans une excursion en auto-stop en plein hiver avec une vague adresse dans le Nord m'a fait bien rire, mais être dans les souliers de ces jeunes-là, je ne l'aurais pas trouvé drôle.  Une scène en particulier m'a fait profondément réagir, celle où la gang des jeunes, en présence de Paul, commet ce qui aujourd'hui est considéré comme une agression sexuelle, à tout le moins du harcèlement.  Et pourtant, personne ne trouve à y redire, ajoutant même que la jeune fille s'offusque facilement.  Si le personnage de Paul n'est pas à l'aise avec la situation, il ne dit rien.  Marqueur de l'évolution des mentalités sur ce sujet.  Cette jeune fille sera d'ailleurs son premier amour, le grand, qui prend tout et emporte tout.  La scène où finalement elle le quitte est la marque de l'inconstance de certains amours adolescents et où pourtant, on comprend qu'il prend toute la place.  À la fin de l'album, Paul a grandit, on le voit, encore là avec toute la touche spécial de l'auteur.  Une étape est finie, une autre commence.  Si l'album n'est pas situé chronologiquement dans l'ordre de publication, on ne peut que l'apprécier sur ce qu'il nous apprend sur le Paul que l'on a connu dans les autres albums.  Et encore une fois, c'est une réussite, même si pour une fois, le Paul est moins mignon que face-à-claque dans ce tome-ci!

Ma note: 5/5

lundi 8 août 2016

Je suis consciente que je vais me faire lancer des tomates...

Salut!

Il y a un sujet qui me triture l'esprit depuis un certain temps.  Je suis bien consciente que ce que je vais dire ici ne plaira pas à tout le monde, mais quand même, j'ai réussi à mettre la patte sur le point qui me dérange, alors autant en parler.

En fait, j'ai mis la patte dessus depuis un petit moment déjà.  En janvier pour être plus précise.  En lisant le livre Comme par magie d'Elizabeth Gilbert, je suis tombée sur le passage suivant:

Pendant tout le temps où je faisais mes gammes pour devenir écrivain, j'eus toujours un travail.  [...]  À vraie dire, je quittai mon travail [...] qu'une fois que j'eus écris trois livres - et qu'ils eurent été publiés par de grandes maisons d'édition et eurent tous reçus une critique favorable dans le New York Times. [...] Mais comme je ne voulais prendre aucun risque, je gardai mon travail. p. 177

Si je m'accrochai à toutes les autres sources de revenu pendant si longtemps, c'est parce que je ne voulais pas que l'écriture ait l'écrasante responsabilité de me faire vivre.  Je me gardai bien de demander cela à mes livres, car au fil du temps, j'avais vu tant d'autres gens anéantir leur créativité en exigeant que leur art paie leurs factures. J'ai vu des artistes finir fauchées et fous à force de se convaincre qu'ils ne sont pas de vrais créateurs tant qu'ils ne peuvent pas vivre exclusivement de leur créativité.  Et lorsque la créativité les trahit (c'est-à-dire lorsque qu'elle ne paie pas le loyer), ils sombrent dans le ressentiment, l'angoisse et même la ruine.  Le pire étant qu'ils renoncent souvent totalement à créer p. 178

Et là, vlam.  Ça correspond à ce que je pense déjà depuis un certain temps, mais elle a su mettre des mots dessus.  (Soi-dit en passant, les pages précédentes et suivantes portent sur le même sujet et sont à lire!)

Voyez-vous, j'ai été libraire, je sais comment fonctionne le milieu du livre dans notre Belle Province.  Pas tout évidemment, mais plus que la moyenne des gens.  Et je sais que si les candidats se bousculent au portillon pour publier, et même sur les tablettes des librairies, la rentabilité n'est pas toujours au rendez-vous.  Je connais aussi pas mal d'auteurs.  De toutes provenance et de tous les genres.  Et, tous, unanimement finissent tous par me parler, avec des yeux de merlans frits (désolé, mais oui, vous faites tous la même tête!) de leur rêve de vivre de leur plume...  J'ai juste le goût de demander souvent, MAIS POURQUOI VOULOIR ÇA!!!!  Que ça, précisément ça et comme si c'était le but ultime d'une carrière d'écrivain!

Je n'ai jamais découragé personne à ce sujet et je ne le ferais jamais.  C'est un rêve noble.  On dirait par contre que mon côté hyper-pragmatique se hérisse contre cette vision bucolique de la vie d'écrivain.  On dirait que la plupart des auteurs en herbes qui rêvent de vivre avec leur salaire d'écrivain s'imaginent s'installer le matin devant leur ordinateur et passer la journée dans la béatitude complète de leur bulle d'écrivain.  Qu'ils s'imaginent que leur chat ou leur chien (je vous laisse deviner ma préférence :P ) collé contre eux, partenaire de leur imagination et de leur inspiration, va être leur compagnon de tous les jours.  Qu'ils vont se mettre à écrire encore et encore, toujours heureux de le faire et d'entrer chaque jour dans cette bulle.  C'est comme s'imaginer une vie d'écrivain à temps plein sur papier glacé.  Et j'ai souvent le goût de péter la bulle à plusieurs.

De un, si écrire est votre boulot à temps plein, l'écriture comme telle ne sera plus aussi agréable.  Parce que loin d'être un loisir, ou la chose que vous faites pour vous faire plaisir, ça deviendra une obligation.  Goût, pas le goût, fatigué, pas fatigué, occupé, pas occupé, inspiré ou non, il vous faudra écrire.  Parce que c'est votre boulot.  Et oublier la jolie vision que vous pourrez enfin écrire ce que vous voulez.  Si c'est votre boulot, vous devrez produire, quitte à écrire des trucs que vous aimez moins, des trucs à contrat entre autre.  Oui, Bryan Perro a fini par vivre de sa plume, mais Amos Daragon est une oeuvre de commande au départ.  Vos projets personnels, vous les ferez quand vous aurez le temps pour.  Pas avant.  C'est triste, mais c'est comme ça, parce que dorénavant, écrire est votre boulot.  Et si jamais vous faites face au syndrome de la page blanche, vous serez seul avec votre problème, vos angoisses et vos factures qui s'accumulent!

Et ça, c'est sans compter que le boulot d'écrivain signifie une grosse partie de contacts avec les lecteurs, ce qui veut dire déplacement dans toutes les petites et grandes villes du Québec.  Avec ce que ça veut dire d'heures de routes (où vous ne pourrez pas écrire), de nuits à l'extérieur (oui, vous pourrez écrire à l'hôtel, mais vous en restera-t-il l'énergie???), de mauvais restos et de rencontres pas toujours drôles.  Je sais que rencontrer ses lecteurs doit être une expérience très agréable, mais elle va avec ses petits à-côtés qui peuvent constituer des irritants à la longue.  D'autant plus que ces petites sorties, qui sont souvent des animations, rapportent souvent plus que les droits d'auteurs eux-mêmes.  Alors, écrire, même si ça rend heureux, ou faire des animations parce que ça remplit le frigo et paye le loyer?  Dilemme cornélien s'il en est parce que l'écrivain souhaite écrire et là, il se retrouve à ne plus pouvoir écrire parce qu'il fait des animations pour gagner sa vie et qu'il a laissé son travail payant pour se libérer du temps justement pour écrire.  -_-

Sauf que le problème, ce n'est pas tant que les gens rêvent de vivre de leur plume, c'est qu'ils rêvent d'avoir plus de temps pour écrire.  Le fait de vivre de ses droits d'auteurs est alors un moyen alors que bien des gens le voit comme une fin.  Sauf que voilà, justement de un, c'est très difficile de vivre de ses écrits, particulièrement au Québec où le marché est petit, mais plus encore, c'est que le rêve d'arrêter de travailler pour écrire ne libérera pas nécessairement le temps souhaité pour se consacrer à son travail favori.  D'où ma réaction dubitative interne quand quelqu'un me dit qu'il rêve de vivre de sa plume...

D'autant plus, et ça aussi, ça me rend triste, est que le but d'écrire est souvent vu comme étant celui de vivre de sa plume!  Comme si d'écrire simplement parce qu'on aime ça, tout en ayant le plaisir et l'honneur d'être publié, sans en faire son métier, était être un écrivain moins accompli que celui qui utilise ses droits d'auteurs pour mettre du pain et du beurre sur sa table.  Ce n'est pas moins noble!  Et fichez-moi à la porte ces clichés de l'artiste dévoré par son oeuvre qui doit lui consacrer la moindre parcelle de sa vie et de son temps.  Ça fait de très bons films, mais de très vilaines vies à vivre.  Et ce n'est pas nécessaire pour être heureux d'écrire de cette manière.  Je crois qu'une bonne dose de réalisme est nécessaire.  Si on voit l'écriture comme quelque chose qui complète les revenus tout en ayant un travail quotidien, et bien, je ne vois pas ce qu'il y a de mal à ça.  Ni pourquoi ce serait moins considéré.  Ni comment ça nuirait vraiment au côté qualitatif d'une oeuvre (côté quantitatif, peut-être, mais bon, plein d'autres choses peuvent être un frein!).  C'est le cas de la majorité des auteurs de toutes façons, lâchez le rêve et profiter de la réalité.  Elle ne sera pas en papier glacée, mais permet d'écrire et de faire ce que l'on aime pour de vrai.  Ça veut dire cumuler les accommodements, lutter pour trouver un équilibre entre le temps consacré à l'écriture et le reste de la vie quotidienne, mais reste qu'il me semble que cette voie moyenne, pas nécessairement glamour permet de combiner l'aspiration à l'écriture et les nécessités de la vie, donc d'être capable de faire ce qu'on rêve de faire.

Bon, maintenant tout le monde, si vous y tenez, lâchez-vous lousse sur les tomates, mais bien mûres svp, que je puisse me faire de la sauce à spag avec :P

@+ Mariane

lundi 1 août 2016

Je n'étais pas dans la file d'attente samedi dernier à minuit...

Salut!

Je me considère comme une assez grosse fan d'Harry Potter.  J'ai lu, dévoré devrais-je plutôt dire, chacun des tomes de la série.  J'ai fini les trois derniers quelque part aux petites heures du matin.  En pleurant pour le dernier tome.  En tournant la dernière page du dernier livre, j'ai ressenti un vide immense: c'était fini.  À jamais.  Il n'y en aurait plus d'autres.  Et ça m'a laissé un immense trou dans la poitrine.  J'ai aussi lu les deux tomes hors-série que l'auteure a écrit: celui sur le quidditch et l'autre sur les animaux fantastiques.  J'ai bien aimé, sans être une super fan.  Alors voilà, j'avais fini mon trip Harry Potter pour de bon.  Ne me restait que les souvenirs maintenant.

Sauf que voilà, il y a quelques mois, j'ai entendu parler d'un nouveau tome.  19 ans plus tard.  Et d'une nouvelle série de films, situés dans le même univers.  Et ça n'a pas soulevé mon enthousiasme au-delà du simple: ah oui?  J'ai pourtant été une fan extrêmement enthousiaste de l'oeuvre!!!!  Que m'arrivait-il tout à coup?  Voilà donc que je ne pensais plus à cet univers, ces personnages que j'ai pourtant adoré.  Pourquoi donc?

Réfléchissons donc...  Ça m'était déjà arrivé, sans doute pas une seule fois, mais c'est cette fois-ci qui me revient en tête: Les Enfants de la Terre de Jean M. Auel.  J'ai lu, relu et rerelu ses livres.  J'ai adoré ceux-ci et ils figurent parmi les lecteurs marquantes de ma vie de jeune lectrice.  Pourtant, quand j'ai su qu'un sixième tome allait sortir, une bonne décennie après la lecture du premier tome, j'avais eu une réaction semblable: ah oui?  Bon, dans ce cas précis-là, il faut le dire, le cinquième tome m'avait beaucoup déçu par rapport aux quatre premiers.  Néanmoins, au-delà de ça, il y avait autre chose.  J'avais lu ces romans jeune adolescente.  La personne qui les avait tant aimé avait cet âge-là.  J'avais grandi depuis.  Reconnecter à cet univers était difficile parce que ma perception des choses avaient beaucoup évolué.

Il y a aussi, que quand on aime d'amour quelque chose et que cet amour n'est pas nourri de façon régulière, on dirait qu'il se fige dans le temps. devenant aussi clair, limpide et miroitant que le cristal.  Aussi fragile également.  C'est comme un grand amour qui a passé, on garde les plus belle images dans notre tête, le meilleur reste, mais le reste est occulté, sinon oublié.  Alors, quand on nous propose de modifier le cristal, on a peur de perdre cette vision soigneusement créé dans notre vie.  Le risque de décevoir les fans est immense pour les auteurs d'ailleurs.  En voulant les amener un peu plus loin, on risque de briser la vision construite depuis longtemps.  Parfois, même si on est un grand fan, on ne veut pas prendre le risque.

Pour ces deux raisons, je n'étais pas en ligne à la librairie samedi dernier à minuit.  Et je me tiens loin de tout ce qui est la folie Harry Potter pour l'instant.  Je ne dis pas que je ne vais pas céder à la curiosité à un moment ou à un autre, mais pour l'instant, ça ne me tente pas, tout simplement.  Je n'ai pas le goût de retourner dans cet univers pour mettre en danger l'image cristalline que j'en aie gardé.  Parce qu'Harry, Ron et Hermione ont pour moi quelque chose de sacré et que je chéris leur souvenir... d'autant plus que si j'ai le goût de les retrouver, je n'ai qu'à rouvrir un des bouquins de la série originale pour le faire!

@+ Mariane

vendredi 29 juillet 2016

Open d'Andre Agassi

Open  Andre Agassi  (JR Moehringer)  Plon 501 pages



Résumé:
Le petit Andre Agassi a sept ans quand son père l'installe sur un terrain de tennis, face à une machine à lancer des balles.  Cette machine, il la surnommera le dragon et son père tyrannique l'obligera à frapper 2500 balles par jour à partir de cet âge, décidé à faire de lui un numéro un mondial.  Le moment où il va commencer à détester le tennis.  Ce qui ne l'empêchera pas de devenir, quelques années plus tard, le numéro un mondial.  Dans ce livre, on le suit dans les innombrables hauts et bas du joueur de tennis.  Avec ses moments de bonheur, de gloire, mais aussi ses descentes aux enfers.  Et les matchs qui rythment le tout.

Mon avis:
Honnête j'ai le goût de dire.  Évidemment, c'est une autobiographie, donc, forcément, Andre Agassi ne raconte que ce qu'il veut bien dire.  D'ailleurs, point à noter, je ne dirais pas l'auteur dans le cadre de cette critique puisqu'il le dit lui-même dans la post-face, il n'est pas l'auteur du livre, même si son nom figure sur la couverture.  Il nomme clairement le véritable rédacteur du texte et c'est tout à son honneur puisque que nombre de sportifs n'ont pas cette honnêteté.  On le suit pas à pas depuis l'âge de sept ans, alors que son père l'oblige à se mettre au tennis.  On comprend très vite que ce père, tyrannique et autoritaire, n'est pas le genre à qui l'on peut dire non.  Plusieurs anecdotes à l'appui, on saisit vite l'atmosphère dans laquelle lui et ses frères et soeurs ont grandit...  Déterminé à faire de son fils un numéro un mondial, il n'hésitera pas à lui mettre une immense pression sur les épaules.  Mais ce récit, c'est aussi la vie d'un jeune de Las Vegas, habitué dès son jeune âge à la notion de pari et de jeu.  Visiblement, la ville l'a beaucoup marqué.  Tranquillement, au rythme des matchs, des victoires et des défaites, on suit son parcours.  Dans les montées qui suivent les victoires, mais aussi dans les spectaculaires et profondes périodes de doutes qui suivent la défaite.  Un match à la fois.  Victoire, montée.  Défaite, descente.  Match par match.  Et on a plein des récits de match.  Ce qui est surprenant, c'est que même au bout du douzième, on est pas tanné de les lire.  Au contraire, on garde l'intérêt envers chaque partie, sans que la répétition s'installe trop, quelque sois notre niveau général de connaissance sur le tennis et ses règles (chapeau au rédacteur sur ce point!).  Ses relations avec les autres, très fortes, entre autre avec son frère Philly (lui aussi obligé de jouer au tennis par leur père) et son entraîneur Gil, quasiment son second père.  Si le livre parle beaucoup de tennis (évidemment!), il parle aussi beaucoup de la personne derrière le joueur, qui s'est longtemps cherchée.  Sur ce point, on ne peut que le comprendre.  Le joueur qui sur le terrain semblait un rebelle, un bum était en fait un être humain qui comme il le dit lui-même, se cherchait, explorait, plus qu'il ne s'affirmait, version plus largement véhiculée sur son compte.  C'est l'être humain derrière le sportif que l'on découvre et c'est très intéressant.  Certes, il fait l'impasse sur certains détails (tient, il a eu une petite amie pendant deux ans à Memphis?  Il le dit comme ça en passant, sans même la nommer!) et certaines parties de sa vie restent plus mystérieuses, mais quand même, on sent l'honnêteté de dire les choses telles qu'elles ont été pour lui.  C'est très intéressant et ça se lit comme un page turner.  J'ai vraiment beaucoup aimé.

Ma note: 4.5/5

lundi 18 juillet 2016

Connaissez-vous les boîtes à livres?

Salut!

Connaissez-vous les boîtes à livres?

Pour ceux qui ne connaissent pas, l'idée fleurit depuis quelques années déjà.  Le principe est simple: une boîte est disponible dans un endroit public: parc, rue passante, station de métro, bibliothèque, parfois même devant la maison de simples particuliers, mais toujours dans un endroit accessible.  La boîte est toujours clairement identifiée.  On peut y déposer des livres ou y prendre des livres.  Comme ça, gratuitement et sans que personne n'aille à redire sur ce que vous y prenez ou vous y mettez, pas de date de retard si vous ne ramenez pas le livre, pas de file d'attentes non plus.  Personne pour surveiller, ni personne pour vous dire de parler moins fort comme à la bibliothèque.

Ce genre d'initiative pour la lecture fait partie de ceux qui sont entrés dans mon écran-radar au cours des années.  Des gens qui prennent et donnent des livres, à de purs inconnus et provenant de purs inconnus, dans le but de partager le plaisir de la lecture.  Je ne m'y étais pas intéressée beaucoup.  L'idée me plaisait, mais comme de nombreuses initiatives, je n'ai pas pris le temps de m'y attarder de plus près.  Pourtant voilà, ça m'est retombé sous le nez de belle façon.

Samedi matin, un magnifique samedi ensoleillée, j'ai été prendre une marche dans un parc de mon quartier avec un ami.  Et là, je tombe pour la première fois sur une de ces fameuses boîte à livre en bois et en clous.  Je n'ai pas pu m'empêcher de m'en approcher avec des cris de gamine émerveillée.  J'ai évidemment sauté sur son contenu.  Il y a avait là une belle brochette de livres, de la psychologie au roman policier, dans les deux langues officielles du pays (pour mémoire, j'habite un quartier 50-50 pour ce qui est de la langue parlée à la maison).  La boîte était telle que je me l'imaginais: sympathique, vivement colorée, avec des livres ayant un peu de vécu à l'intérieur, mais aussi plein de belles intentions de lecture.  Et là, surprise de taille!  J'ai mis la main sur un livre de Daniel Sernine édité en 1991...

La jolie boîte à livre de mon quartier avec le livre que j'y aie trouvé!


Laissez-moi vous dire que ce livre n'est pas resté dans la boîte!  Maintenant que je sais que cette boîte n'est pas loin de chez moi, je pense aller y faire un tour.  Pour aller voir ce qu'il y a dedans, mais aussi pour aller y déposer quelques-uns des miens que je sais que je ne relirais pas.  Question de partager le plaisir... ;)

Ce que j'aime par-dessus tout de ce genre d'initiatives, c'est sa simplicité.  Rien de compliqué, juste un lien entre des lecteurs inconnus que rien d'autres ne réunira sans cela.  Un peu comme Le 12 août, j'achète un livre québécois.  Pas de chichis, pas de flaflas, juste des actes en faveur du livre et de la lecture à faire partager.  Et ça, j'aime ça.

@+ Mariane

P.S. Avez-vous commencé à faire votre liste pour le 12 août????  Moi oui! :D

jeudi 7 juillet 2016

Trilogie des tempêtes: 3- Au coeur des tempêtes de Mercedes Lackey

Trilogie des tempêtes  tome 3  Au coeur des tempêtes  Mercedes Lackey  Milady  602 pages


Résumé:
Restés à la Tour d'Urtho, au centre des Plaines de Dhorisha, coupés du monde, le petit groupe de mages et leurs alliés ont réussi à trouver une solution temporaire au problème des tempêtes magiques.  Cependant, le plus grave problème est encore à venir, car tous savent que la pire tempête, l'écho de la terrible tempête qui ravagea le monde, deux milles ans plus tôt est encore à venir.  Pendant ce temps, Elspeth et Ventnoir quittent Valdémar pour aller à la rencontre de Tremane.  Celui-ci se voit offrir par le peuple de Hardorn la couronne de leur pays, mais à condition de se lier à la terre, pratique négligée par Ancar pour accroître sa puissance magique.  Sauf que les effets de celle-ci se révéleront inattendues par tous.  Au point que celui-ci sentira lorsque des ressortissants de la mystérieuse Iftel traverseront leurs frontières pour la première fois depuis des siècles.

Mon avis:
Alors que les deux premiers tomes de trilogie étaient directement liés l'un à l'autre, celui-ci se démarque parce qu'il forme une intrigue complète en lui-même, même s'il conclut une trilogie.  L'histoire suit sa propre courbe.  Premièrement, le décor change: de Valdémar, on suit à la fois le groupe qui entoure Karal à la Tour d'Urtho et celui d'Elspeth, ambassadrice de Valdémar auprès de Tremane.  Ce changement en entraîne beaucoup d'autres dans la narration, subtils, mais présent, qui donne sa couleur au livre.  Karal reste le narrateur principal, mais An'desha et Tremane cèdent leurs places à Elspeth et à Melles, l'autre héritier potentiel du trône de l'Empire.  La même épée de Damoclès pend au-dessus des protagonistes, mais ils savent un peu mieux s'orienter par rapport à elle (sauf les impériaux!).  Tous les personnages vont évoluer sous nos yeux, mais plus particulièrement Karal.  Il continue son cheminement intérieur, lui qui, partit moins d'un an plus tôt de Karse en tant que prêtre du Soleil, a vu son point de vue sur le monde et les gens qui l'entoure changer du tout au tout.  Mais ce qui est intéressant, c'est qu'on le suit dans ses interrogations, ses décisions, ses doutes et ses conclusions.  On voit lentement un être humain qui a été élevé dans une certaine rigidité intellectuelle s'ouvrir et accepter la différence, non pas en la tolérant, mais en l'acceptant de façon pleine et entière.  Durant leur séjour à la Tour d'Urtho, son cheminement se poursuivra, accompagné comme il l'est par des êtres aussi différents qu'il puisse l'être, tant culturellement que physiquement.  Et leurs découvertes dans la tour le seront tout autant.  Intéressant, cette idée encore une fois de mélanger la science et la magie (même à distance)!  De son côté, Elspeth et Ventnoir affronteront une autre sorte de magie, plus ancienne encore: la magie de la terre.  Le parcours de ces deux-là est tout aussi intéressant que celui de Karal et de ses amis.  Partis comme ambassadeur de Valdémar et de ses alliés, ils seront à la fois les supports et les motivateurs de Tremane dans sa nouvelle vie.  Et celui-ci sera obligé de remettre en question sa vision du monde.  Encore une fois le cheminement, douloureux par moment, mais nécessaire.  L'autre nouveauté, est l'ajout d'un narrateur directement dans l'empire, celui qui deviendra l'héritier de Charliss, Melles.  J'ai moins apprécié ses parties, beaucoup plus politiques.  Et de voir un entourloupeur à l'oeuvre me donne moins de plaisir que de voir quelqu'un qui essaie de se tirer d'une situation désespéré, ce qui était le cas de Tremane.  J'ai fini par l'apprécier à la longue, mais je n'appréciais moins les chapitres qui lui était consacrés.  Encore une fois, on saute d'un narrateur à l'autre et on voit les choses selon différents points de vue sur une même situation, ce qui permet d'en couvrir tous les angles, mais en même temps, la ligne du temps est continue.  C'est comme si Karal racontait le début de l'histoire, suivit par Elspeth (qui n'était pas narratrice dans les autres tomes), ensuite Melles, puis de retour à Karal etc, mais toujours à la troisième personne.  Intéressant.  J'ai moins aimé la partie où les dieux et déesses interviennent directement dans la vie des personnages: c'était intéressant de voir un roman de fantasy qui ferait spécialement l'impasse sur l'intervention divine.  Ils n'en avaient d'ailleurs pas besoin, la brochette de talents et d'intelligences et leur capacité à travailler ensemble suffisait largement à donner un intrigue intéressante.  Un petit regret donc.

Ma note: 4/5